Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif…
Elle est magnifique la page qui nous raconte la conversion de la Samaritaine. Une méditation n'en saurait épuiser tous les enseignements. Le plus apparent, est celui d'une forme spéciale de l'apostolat du bon Maître. 1° Apostolat généreux, 2° Apostolat délicat, 3° Apostolat magnifique.
1° Apostolat généreux. — Théologien de la divinité du Christ, saint Jean ne manque jamais d'affirmer sa réalité humaine : « Fatigué du voyage. » (Joan., 4, 6) ; en Jésus comme en nous la marche produit la fatigue. Ce trait particulier résume et symbolise une immense réalité. Il s'est comme épuisé à la recherche de la brebis perdue. Quels itinéraires immolants il a parcourus, du ciel sur la terre, de la terre au sommet du calvaire. Là, il s'est arrêté parce qu'il ne pouvait aller plus loin : « Il n'y a pas de plu» grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Joan., 15, 13).
A l'instar de saint Paul, suivant l'exemple de notre Maître, nous devrions pouvoir dire, quand nous nous occupons de bonnes œuvres : « Je dépenserai et je me' dépenserai moi-même pour les âmes. » (2 Cor., 12, 15). La fatigue du Sauveur lui ménageait une belle conquête. C'est quand nous n'en pourrons plus, pour ainsi dire, quand nous aurons été au bout du don de nous-mêmes par l'humilité, l'austérité, que nous rencontrerons l'âme à sauver.
O mon Dieu, vous m'avez fait apôtre pour que je vous donne des âmes ; je n'y réussirai qu'à la condition de me donner à elles pour vous jusqu'à extinction de mes forces ; je veux qu'il en soit ainsi, et j'adopte comme programme le : « Je me sanctifie moi-même pour les sauver. » (Joan., 17, 19).
2° Apostolat délicat. — Le cas était difficile, l'âme à gagner bien particulière. Jésus l'aborde avec simplicité, par une demande toute naturelle. Il y a une confession ennuyeuse à obtenir ; il la provoque avec un tact parfait, et une fois qu'elle est faite, il n'insiste pas.
C'est cruel, et parfois malsain, de peser sur certains aveux.
La conversation rebondit sur un plan qui change totalement et rapidement l'horizon. L'entretien, l'attitude ont une telle tenue que nul ne s'en scandalise : « Les disciples arrivèrent et ils s'étonnèrent de le voir parler avec une femme. Mais aucun ne dit: Que demandez-vous ! Pourquoi parlez-vous avec elle ? » (Joan., 4, 27).
Certains apostolats peuvent être fort compromettants, et, au fait, ruineux pour l'apostolat lui-même, s'ils ne sont pas accomplis avec discrétion et prudence. En face de tels ou tels êtres, habituellement séducteurs, on ne saurait prendre trop de précautions, avoir une attitude trop grave et distante. On n'est pas moins bon, moins dévoué parce qu'on craint de glisser sur la pente du naturalisme, et de créer de l'étonnement, sinon du scandale.
O mon Jésus, gardez-moi parmi ceux dont il est dit : « Heureux ceux qui sont irréprochables dans leurs voies. » (Ps., 118, 1). Toucher des plaies purulentes et n'en être point infecté n'est pas aisé. Mais j'ai confiance en votre secours. Je me mets à l'abri sous votre égide.
3° Apostolat magnifique. — Étonnante la transformation des idées en ce pauvre être déchu et flétri. D'un coup le Maître dévoile à cette pécheresse les splendeurs de l'adoration « en esprit et en vérité », la sublime mystique de la « Source d'eau jaillissant jusqu'à la vie éternelle. » (Joan., 4, 14). Et elle s'y intéresse, elle s'y passionne : «Donnez-moi de cette eau » et elle devient apôtre : « Venez et voyez cet homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait ne serait-il pas le Christ ? » (Ibid., 29). Elle réussit si bien, que ceux qu'elle, a conquis la dépassent : « Ce n'est plus à cause de ce que vous nous avez dit que nous croyons : car nous l'avons entendu nous-mêmes et nous savons qu'il est vraiment le Sauveur du monde. » (Ibid., 42). Quand on a donné à une âme la vérité pure, sans alliage, on en fait un foyer rayonnant ; elle a besoin, à son tour, de répandre sa lumière et d'attirer à sa clarté tous ceux qu'elle peut atteindre.
O Jésus, on récolte ce qu'on a semé ; aidez-moi à ne jeter que du surnaturel, de la foi, de la charité divine dans le champ que vous m'avez confié, afin que n'y germe que de la vie.
Extrait de : Méditations quotidiennes de Mgr A. Gonon (1947)
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