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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 13:21

D'UN JESUITE REVOLUTIONNAIRE; Eduardo Pellecer était un bon jeune homme quand il entra dans la Compagnie des jésuites en 1967, à l'âge de vingt et un ans. Après dix ans d'études, prêtre en 1976, comme tous ceux de sa génération postconciliaire, il est devenu sous l'impulsion de son Ordre un agitateur révolutionnaire, au Salvador, au Nicaragua, au Guatemala enfin, son propre pays. Comme les autres, il avait résolu de prendre femme. Au moment de passer à la guérilla armée, il a reculé, ses yeux se sont désillés. Il s'est échappé. Sa disparition a été portée au compte des crimes de l’extrême-droite. Ses supérieurs en ont fait un martyr. C'était en juin 1981. Le 30 septembre, il réapparaît publiquement et confesse ses fautes.

il raconte son embrigadement jésuite révolutionnaire.

C'est l'immense dérive de l'Eglise conciliaire, de l'Evangile de Jésus-Christ, de la religion catholique, à la lutte des classes, à la révolution armée marxiste-léniniste. Au-delà de son cas personnel, c'est l'accusation des papes et des évêques de Vatican II, du Père Arrupe(1) et de la Compagnie jésuite, tout entière complice, et enfin de tous ceux qui gouvernent, parlent, agissent dans l'Eglise postconciliaire, sous couvert de réforme, pour la subversion et l’apostasie. Dans toute cette oeuvre monstrueuse, le mensonge et l'homicide érigés en système sont la signature du diable (Jn. 8, 44). Il y a vingt ans que nous le disons. En voici la preuve. Ce document capital est publié par le Figaro-Magazine du 24 avril. D'autres suivront. Nous n'en repro­duisons ici que les premières pages.

L'affaire commence. C'est le procès en forfaiture, crimes et trahison intenté par le Monde libre aux évêques et aux (faux) papes conciliaires. A eux de suivre le chemin d'Eduardo Pellecer.

" UN JESUS DIFFERENT DE CELUI DE L'EVANGILE, UN JESUS REBELLE, REVOLUTIONNAIRE... "

La situation de l'Eglise a commencé à se modifier à partir du concile Vatican II (11 octobre 1962 - 8 décembre 1965). Auparavant, l'Eglise catholique était l'Eglise de la loi et de la norme stricte, Pour les baptisés, pour ceux qui reconnaissent Dieu, le salut n'est concevable que dans l'Eglise.

A partir de 1962, l'Eglise de la loi devient l'Eglise du dialogue. Elle n'est plus une île hors du temps; elle veut faire partie intégrante de l'évolution des peuples et y jouer un rôle, en particulier dans les pays en voie de développe­ment.

Ce changement d'orientation implique une transformation capitale. Avant le Concile, on considérait qu'il n'y avait pas de salut hors du peuple de Dieu. La nouvelle doctrine a modifié la signification de l'Eglise, car il peut alors exister ce que j'appellerai des chrétiens anonymes, c'est-à-dire des gens qui trouveront le salut même s'ils ne con­naissent pas Dieu, ou ne sont pas baptisés.

En 1968, s'est réunie à Medellin, en Colombie, la conférence épiscopale de l'Eglise latino-américaine pour actu­aliser et adapter à l'Amérique latine les propositions de Vatican II. Tous les évêques étaient présents et, pour la première fois, il a été dit que les peuples étaient opprimés. Ils étaient sans argent et sans espoir d'en avoir; sans culture | et sans espoir d'y accéder; sans vie politique et sans espoir d'y participer. La seule façon de les sauver, c'était de les libérer.

En 1980, à Puebla, au Mexique, se tint une nouvelle conférence épiscopale latino-américaine pour réactualiser les principes de Medellin. On savait à cette époque que les éléments modérés de la conférence épiscopale voulaient tenter de combattre les positions prises à Medellin en 1968. Devant cet état de choses, la société de Jésus d'Améri­que centrale et de Panama essaya de radicaliser les évêques qui penchaient à gauche en poussant à ses extrêmes la théologie de la libération.

TROIS ARMES: LA " THEOLOGIE DE LA LIBERATION ", LE MARXISME, LA PRIORITE AUX PAUVRES

La théologie de la libération est la première des trois armes dont on m'a appris le maniement. La poudre n'est pas nécessaire à leur fonctionnement, mais ce sont des armes beaucoup plus puissantes que toutes celles qui nous sont | familières.

La théologie de la libération est la nouvelle approche de la religion qui résulta de Medellin puis de Puebla et j remodela l'action de tous les ordres religieux. En quoi consiste-t-elle?

Avant tout, c'est la présentation aux pauvres d'un nouveau Jésus-Christ, un Jésus différent de celui de l'Evangile ou de nos catéchismes. Ce Jésus-là est un rebelle, un ennemi du système capitaliste, un révolutionnaire. Ce Jésus qui commence, ici et maintenant, et pour les temps à venir, est exclusif et partial: Dieu des pauvres, exclusivement voué au salut des pauvres, il écarte à jamais du salut les riches, les puissants, les gouvernants.

Ce Jésus-là ne peut pas êtres le Dieu de tout le monde. Et si l'on demande et les autres? (c'est-à-dire évidemment les riches), l'Eglise de ma génération répondra: Les riches ont connu pendant quatre ou cinq siècles une intimité sans cesse croissante avec l'Eglise, en ce qui concerne et leurs intérêts et leurs sentiments. Il est temps maintenant pour l'Eglise de rompre à jamais avec les tout-puissants et de retourner au service exclusif des pauvres.

L'an dernier, nous prêchâmes cette doctrine jusqu'au point d'énoncer que seuls les pauvres devaient célébrer Noël, parce que le jour de Noël est né le Dieu des pauvres, le leur. Quant aux riches, nous ne savons pas ce qu'ils célèbrent le 24 décembre.

Le deuxième principe de la théologie de la libération s'énonce comme suit: ce nouveau Jésus a un plan concret et une mission. Notre Père l'a envoyé sur terre pour bâtir un royaume que nous (j'entends par nous: les jésuites, et spécialement ceux de ma génération) définissons comme un royaume socialiste pour lequel nous devons construire une société socialiste. Pour cela, nous avons besoin de puissance. Comment l'acquérir? C'est le troisième point de cette théologie de la libération.

Ce nouveau Jésus est détaché de l'Eglise en tant qu'institution. Il a rejeté toutes les structures institutionnelles et hiérarchiques de l'Eglise.

Cette nouvelle vision de Jésus projetait sa propre moralité. Pour nous, la seule chose importante, c'était la révo­lution, le socialisme, et tout le reste était secondaire. Peu importait que l'on vécût ensemble en dehors du mariage, peu importait le divorce ou la vie dans toutes les débauches. Tout était tacitement permis (1). Dans ce nouveau système moral, le seul absolu était le socialisme et la prise du pouvoir.

Il ne faut pas perdre de vue cette démonstration. En Amérique latine, les problèmes graves sont le sous-développement et la marginalisation. A Medellin, il a été dit que la salut des peuples passait par la lute politique. En présentant ce Dieu détaché de l'Eglise, ce Dieu indifférent aux principes moraux traditionnels, la théologie de la libération contribuait à cette politisation. Dans ces pays d'Amérique latine, les populations ont été sensibilisées par ce programme qui réclamait la participation massive des hommes désireux de lutter pour la révolution et l'avéne­ment du socialisme. Pour parvenir à la prise du pouvoir par un mouvement révolutionnaire, on n'a pas besoin d'une Eglise hiérarchisée, mais d'une nouvelle Eglise: celle de la base, celle du peuple.

Telle fut la première des trois armes que j'ai appris à manipuler.

La deuxième de ces armes, c'est l'idéologie marxiste-léniniste sur laquelle se fonda l'endoctrinement de presque tous les jésuites de ma génération. Je l'ai étudiée pendant quatre années à Mexico et au Salvador; car le postulat initial était que pour satisfaire les besoins réels des gens, un prêtre devait être un spécialiste, un expert en science marxiste-léniniste. Nous étions persuadés de ne rechercher qu'une technique d'analyse pour étudier les causes de l’exploitation de notre peuple et pour y mettre fin. Et on nous enseignait qu'il était impossible d'expliquer l'in­justice et la pauvreté sans recourir à une analyse socio-politique marxiste: il fallait montrer que l'injustice était due à l'existence des classes sociales.

L'une de mes erreurs fondamentales fut de croire que nous en resterions au plan théorique, que nous n'utilise­rions que dans nos bureaux et nos salles d'études cet outil de recherche et d'investigation approfondies, eh lisant des livres et des documents. Pour moi, c'était l'équivalent d'un scalpel de chirurgien dont l'usage n'aurait aucun sens hors de la salle d'opérations. Comment aurais-je imaginé — et comment n'ai-je pas compris — que la théorie serait mise en pratique?

La dernière des trois armes fut l'orientation donnée voilà deux années au travail des jésuites par la Congrégation générale de la société de Jésus. Il fut décidé que ce travail porterait prioritairement sur les secteurs les plus pauvres des populations rurales et urbaines. Nos vies, nos ressources, notre savoir, nos plus grands efforts devaient être dédiés à l'intensification de nos sermons destinés aux paysans et aux ouvriers urbains.

Comme jésuites, nous étions parfaitement capables d'imprégner les esprits de la théologie de la libération et du marxisme-léninisme. Nous savions simplifier ces théories, les mettre à la portée des masses et utiliser le nouveau système d'enseignement qu'on appelle pédagogie de l'opprimé.

Usant de notre autorité de prêtre, nous remportions des succès auprès de la masse des simples. Nous semions le germe de la décomposition en brandissant un nouvel Évangile, un nouveau Jésus inconnu jusqu'alors: un Jésus assoiffé de sang. Et nous agissions ainsi pour devenir d'authentiques soldats animés d'un esprit religieux et combat­tant pour leur foi.

C'est d'abord au Salvador, puis au Nicaragua et finalement au Guatemala que j'ai expérimenté en personne, comme prêtre catholique, la puissance de ces trois armes: la théologie de la libération, l'appareil marxiste-léniniste, l'engagement des jésuites parmi les pauvres. Elles ont contribué à éveiller et à former une conscience politique et à faire naître l'esprit de subversion.   (A suivre)

(1) Le 9 novembre 1981, l'hebdomadaire Newsweek écrivait (p. 55): Même quand des jésuites étaient dénoncés comme ayant des petites amies — ou de petits amis —le père Arrupe ne prenait aucune "sanction" déplore un prêtre partisan du Pape. C'était scandaleux.

Extrait du : LE DOCTRINAIRE, doctrine et vie.  Septembre 1982.

Elogofioupiou.over-blog.com

 

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