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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 08:55

CHAPITRE II

LA VOIE  DE LA BIENHEUREUSE ÉTERNITÉ.

Le grand chemin, c'est la voie par où sont passés tous les saints; le chemin royal, c'est la voie par où passa le Roi des rois lui-même. Or telle est la voie de la croix. On le constate facilement si l'on jette un regard rapide sur l'histoire du monde. L'Ancien Testament, pas moins que le Nouveau, nous offre de convain­cants exemples.   

A côté d'Abel, agréable à Dieu, nous voyons Caïn qui le persécute. Abraham subit la plus dure des épreu­ves, en recevant l'ordre d'immoler son

Fils unique. Job est réduit, sur un fumier, à la plus extrême misère, mé­prisé de ses amis, insulté par sa propre femme, dépouillé de tous ses biens, privé de ses enfants. Moïse a Pha­raon pour l'exercer; David, son fils Absalon"; le prophète Elie, Jézabel; Tobie perd la vue et risque de perdre la vie.

Jean-Baptiste sert comme de trait d'union entre la loi ancienne et la loi nouvelle, il est martyr de l'immoralité d'un roi ignoble.

Dès que s'inaugure l'ère nouvelle, par la venue de Jésus, le sang coule. Les saints Innocents préludent au cantique de la souffrance dont le motif est donné par le Maître. De celui-ci, toute la vie fut croix et martyre. Aussi bien, ceux qui tiennent à lui de plus près s'harmonisent sur le ton du sacrifice. Tous ses apôtres furent mar­tyrisés: la Vierge sainte, sa Mère, par  les  brisements  de   son   âme,   fut la  reine des martyrs; l'Eglise chante que tous les saints ont beaucoup souf­fert; ils sont passés, écrit saint Paul, par   toutes   sortes   de   tribulations   et d'épreuves.   «   Les uns ont péri dans les   tortures...   d'autres   ont   souffert les moqueries et les verges,  de plus, les chaînes et les cachots; ils ont été lapidés, sciés, éprouvés; ils sont morts par le tranchant de l'épée; ils ont erré ça et là, couverts de peaux de brebis et de chèvres, dénués de tout, persé­cutés,   maltraités,   —    eux    dont    le monde  n'était  pas  digne;  —  ils  ont été   errants   dans   les   déserts   et   les montagnes, dans les cavernes et dans les antres de la terre (Heb., xi, 35 et suivants! »

Quelle peinture exacte des condi­tions primitives de la sainteté héroï­que des premiers chrétiens, des conditions dans lesquelles se forment les héros de tous les siècles!

Si donc nous sommes éprouvés, n'en soyons ni attristés, ni découragés; bien plutôt réconfortons-nous, réjouissons-nous même, par la pensée que nous sommes dans une voie ab­solument sûre, exempte de surprises et de dangers. Nous allons à la vie avec certitude, au vrai bonheur avec sécurité. Ayons devant les yeux la vision des saints. Tous sont marqués du stigmate de la douleur. Il y a bien sujet de joie, à constater que la Providence nous gratifie du même signe, le signe de ses élus.

Ayons, au contraire, de l'inquié­tude, si nous marchons au milieu des consolations, de quelque ordre que ce soit. Les bonheurs temporels alour­dissent fatalement l'âme; ils ouvrent la porte aux illusions de la sensualité, illusions astucieuses et dangereuses

Icontre lesquelles une vie de privations et d'austérités est une garantie sûre. Les  joies  spirituelles,  à leur tour, ne   sont  pas   sans  danger.   Ce  sont, sans  doute  parfois,   des fruits  de  la grâce, douceurs pieuses,  satisfactions surnaturelles   :  avec  elles,   on  va  au ciel,   mais  comme   par   des    sentiers écartés  de  la grande   route,   passant au   travers  des  terres;  de  temps  en temps, on a de la peine à les décou­vrir, quelquefois ils manquent tout à fait, on ne sait plus où aller, on fait mille détours, on cherche quelqu'un à consulter pour se tirer d'embarras; on a perdu bien du temps.

Sans compter que ces suavités ris­quent de donner prise aux illusions de la sentimentalité ou aux illusions de la personnalité; celles-ci comme celles-là sont une forme déguisée de l'or­gueil de l'esprit, de l'orgueil du cœur et pervertissent la dévotion, lui enlevant sa vérité, donc sa valeur et son mérite.  

Combien il vaut mieux aller par la voie de la souffrance! On y est en sé­curité. Comme il n'y a que les saints qui la suivent, on peut y avancer sans crainte,  sans ne rien demander à per­sonne, les yeux fermés; quelle joie si on les ouvre, on voit à chaque pas que l'on suit les vestiges de ceux du bon Maître!   

Extrait de : Les Saintes Voies de la Croix (1915) Mgr A. Gonon

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