Les maîtres de la vie spirituelle nous recommandent de suivre de préférence les conseils de piété donnés par les saints ; la raison et l'expérience nous disent que nous devons aussi nous attacher principalement aux avis qui s'adressent à des personnes de notre sexe et de notre âge. Pour ce double motif, les vierges chrétiennes ne pourront méditer avec trop d'attention les recommandations suivantes que le grand roi saint Louis (Dont la fête se célèbre le 25 août) prit soin de tracer pour sa fille un peu avant de mourir et qui sont connues sous le titre de : Enseignements de saint Louis à sa fille. Rien de plus pratique ni de plus chrétien que ces sages conseils.
1. — Celui qui veut avancer dans la connaissance de son Créateur doit, premièrement, travailler de toutes ses forces, à se connaître lui-même. Pour cela, il convient souvent de s'isoler des choses du dehors et de s'enfermer en son propre cœur, pour s'enquérir de sa vie et examiner avec soin qu’elles pensées, quelles affections, quels désirs on a eus pendant le jour ; en quoi on a failli, et si l'on n'a cédé à aucun mouvement d'orgueil, d'envie, de gourmandise ou de paresse. Après avoir réfléchi combien de temps on est demeuré dans ces mauvaises idées et mauvaises volontés ; après avoir bien étudié l'état de sa conscience, il convient de regarder sa vie au dehors, de passer en revue ses actes, ses paroles, ses regards, ses démarches ; et, en se rappelant tous les biens que Dieu nous accorde chaque jour, il faut se demander comment on l'aime en retour de telles faveurs, comment on observe ses commandements.
2. — Ma fille, quand vous vous levez le matin et que l'horloge vous éveille, tournez votre cœur vers Dieu qui vous a créée, et recommandez-lui vos travaux de la journée qui commence. Priez-le qu'il vous garde de tout péché, et proposez-vous l'engagement de mener une bonne vie.
3. — Ma fille, quand vous êtes à l'église ou hors de l'église pour dire vos prières, que votre cœur soit tout en Dieu, ne vous souvenant en aucune façon des vanités ou des préoccupations du monde. En toutes choses, ayez votre cœur dirigé vers Dieu comme vers celui qui voit tout.
4. — Ma fille, quand vous vous mettez à table, vous ne devez pas y chercher le plaisir de la bouche, mais votre réfection, et, quand vous avez terminé vos repas, vous devez rendre grâces à Dieu et prier pour ceux de qui le bien nous arrive.
5. — Ma fille, si vous êtes en compagnie et qu'il convienne que vous parliez vous-même, parlez par raison, et, avant que la parole arrive sur vos lèvres, pensez deux fois à ce que vous allez dire. Parlez de telle manière que votre parole soit pleine de charité et ne, porte dommage à personne. Soyez franche d’esprit et de cœur, humble de cœur et d’habit. Si l'on vous interroge, répondez simplement et en peu de mots.
6. — Ma fille, aimez les pauvres, Dieu vous aimera; aimez tous les gens de bien, vous aurez part à leurs bontés. Conversez avec Dieu, les bons anges et les saints du paradis : ils feront vos affaires eux-mêmes devant le souverain Juge et vous faciliteront ainsi l'entrée de la bienheureuse éternité.
7. — Ma fille, aimez l'Eglise ; mortifiez-vous volontiers ; mettez-vous de temps en temps en retraite, loin des bruits du dehors, ne pensant qu'à pleurer vos fautes et à offrir votre cœur à Dieu, qui est présent devant vous. Pensez souvent à la mort, pensez qu'en mourant il faudra tout quitter, tout compter, tout payer. Cette pensée vous fera haïr le péché et vous excitera à bien faire. Chassez toute mauvaise pensée, et repoussez énergiquement les tentations de l'ennemi. Soyez débonnaire, ne gardez aucun ressentiment, et pardonnez de bon cœur ; évitez les personnes médisantes ; ne parlez jamais mal du prochain, et n'en laissez pas dire du mal devant vous.
8. — Ma fille, soyez souvent en oraison ; priez avec componction, avec larmes. Les prières sont des boucliers contre les traits de l'ennemi ; elles nous servent de refuge dans toutes les tribulations de la vie et nous donnent les vraies lumières qui nous éclairent sur nos défauts. Soyez humble, à ce point de vous regarder toujours comme inférieure à toutes les personnes qui forment votre entourage. Réjouissez-vous du bonheur des autres, et partagez leurs peines : ainsi Dieu aura pitié de vous.
9. — Ma fille, le soir, après compiles, quand vous voulez aller prendre le repos, avant de vous coucher, examinez votre conscience avec calme ; rappelez toutes vos pensées avec soin, voyez si vous avez mal agi, dans la journée, par pensées, par regards, ou en voyant, écoutant ou disant du mal, ou par quelque autre mauvaise parole ou mauvaise pensée, désir, volonté ou action. Demandez pardon à Dieu, purifiez votre conscience par le repentir de chacun de vos défauts par lequel vous avez irrité votre Créateur.
10. — Ma fille, soyez sincère ; évitez le mensonge et le parjure et ayez toujours la vérité sur les lèvres ; que vos paroles soient réglées et parlez peu. Ne faites tort ni peine à personne par vos paroles ; ne cherchez pas à vous venger, mais soyez paisible avec toute sorte de gens.
11. — Ma fille, souvenez-vous des souffrances de votre clément et doux Ami, Jésus-Christ. Rien n'est plus propre à émouvoir, à inspirer l'amour de Dieu et l'horreur du péché, que la contemplation de la mort douloureuse à laquelle le doux Jésus se soumit pour nous racheter de nos fautes.
12. — Ma fille, méditez les enseignements que je vous envoie, et réglez votre conduite d'après ce qu'ils disent ; lisez-les en particulier, et conformez-y toutes vos actions : c'est la voie pour aller à Dieu. Ainsi soit-il.
FÊTE DU JOUR: Saint Louis, roi de France.
la mère de saint Louis disait qu'elle aimerait mieux le voir mort que coupable d'un péché mortel, et jamais il n'oublia cette parole. Roi de France à douze ans, Louis fit de la défense des droits de Dieu le but de toute sa vie. En moins de deux ans, il organisa une croisade contre les hérétiques albigeois, les défit et les força par des peines sévères à respecter la foi catholique. Au milieu des affaires de son gouvernement, le saint roi récitait chaque jour l'office divin et entendait deux messes. Protecteur énergique des faibles et des apprîmes, il fut choisi pour arbitre dans plusieurs grandes luttes qui eurent lieu de son temps. En 1248, il réunit autour de lui toute la chevalerie de France et s'embarqua pour l'Orient afin de conquérir sur les infidèles la terre sanctifiée par Jésus-Christ. Là, aux yeux des musulmans, Louis se montra toujours, dans la victoire ou dans la défaite, dans la maladie ou la captivité, le premier, le meilleur, le plus brave des chevaliers chrétiens. La mort de sa mère Blanche de Castille le rappela en France, mais dès qu'il eut rétabli l'ordre dans son royaume, il entreprit une seconde croisade. Victorieuse d'abord, son armée ne tarda pas à être décimée par la peste. Saint Louis fut une des premières victimes du fléau ; il expira couché sur la cendre, sacrifiant sa vie pour la gloire de Dieu avec la même joie qu'il avait sacrifié tout le reste.
Extrait de : Lectures Médités (1933)
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