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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 08:37

DE LA PIÉTÉ PATERNELLE

Silvio Pellico : « Donner de bons citoyens à la patrie, donner à Dieu même des âmes dignes de lui : telle sera votre charge si vous avez des enfants. Charge sublime! Celui qui l'accepte et la trahit est le plus grand ennemi de la patrie et de Dieu.

« II n'est pas nécessaire d'énumérer les vertus que doit avoir un père : vous les aurez toutes, si vous êtes d'abord bon fils et bon époux. Les mauvais pères furent tous des fils ingrats et d'ignobles maris. »

Toutes les vertus d'un père se résument dans la piété paternelle ou dans l'amour chrétien des enfants. La nature a gravé dans le cœur des pères l'amour pour leurs enfants. Aussi, saint Augustin ! dit-il que les parents qui aiment leurs enfants |ne méritent pas d'éloge; ceux qui les haïssent, au contraire, sont dignes de tout blâme; et il ajoute : « Comment louer, en effet, comme une merveille dans un homme ce que je trouve dans le tigre? Les serpents, les lions, les loups, aiment leurs petits. Ne soyez donc pas fiers de ce que vous aimez vos enfants; car, par là, vous êtes au niveau des reptiles, et vous seriez au-dessous d'eux si vous n'aimiez pas vos enfants. »

« C'est une grande douceur d'aimer ardemment ses enfants, dit saint Ambroise; cependant, l'amour des parents, s'il n'est pas réglé, nuit souvent aux enfants. Il ne faut pas qu'une trop grande indul­gence les gâte, ni que des préférences leur fassent perdre l'amour de leurs autres frères. Laisser à un enfant l'amour de ses frères, c'est lui laisser le plus grand des biens. Faut-il blâmer Jacob parce qu'il aimait Joseph plus que ses autres enfants'? Certes, nous ne pouvons enlever aux parents la liberté qu'ils ont d'aimer davantage ceux qu'ils croient avoir plus de mérite, ni enlever aux enfants le désir de plaire à leurs parents plus que leurs frères. » Mais il faut éviter les préfé­rences injustes qui font le malheur des enfants et des parents eux-mêmes.

L'amour des parents, s'il est sincère, ne doit pas rester stérile. « De cet amour, dit le Docteur angélique, doit résulter le soin de les bien élever. Le tronc ne fournit-il pas aux rameaux la sève qui les nourrit, qui les fait croître, qui les protège par l'écorce, qui fournit aux fruits une enveloppe pour les garantir? Les animaux ne prennent-ils pas soin de leur fruit? Nôtre-Seigneur lui-même nous apprend que la poule réunit sous ses ailes ses poussins, et l'aigle provoque ses aiglons à voler. »

L'éducation des enfants, voilà le premier, le plus important des devoirs des pères. Voilà ce dont dépendent l'avenir temporel et éternel des enfants, des parents eux-mêmes, et la prospérité ou la ruine de la société. Et qu'un père ne s'en décharge pas complètement sur la mère de ses enfants. Ce devoir lui incombe à lui-même aussi bien et encore plus qu'à la mère; car, comme l'a dit Mgr Dupanloup, « qu'il y a d'hésitation et de faiblesse dans l'éducation dont un père est trop absent! » Il faut, dit-on, que le père vaque aux travaux journaliers, qu'il s'occupe des affaires. Oui, sans doute, mais son travail le plus lucratif, le plus nécessaire, son affaire capitale, c'est d'éle­ver ses enfants. S'il néglige le soin de sa famille, au témoignage de saint Paul, il renie en quelque sorte sa foi, et il devient pire qu'un infidèle. N'est-ce pas le cas de ces hommes qui, voués par leur condition à de rudes labeurs, et condamnés à rester longtemps loin du foyer, passent leur temps libre dans les tavernes ou dans d'autres lieux mal­sains, sans se rendre compte de la conduite de leurs enfants? D'autres pères, dans des conditions plus heureuses, ne sont pas moins coupables, quand ils délaissent leur famille pour aller chercher ailleurs des distractions et des plaisirs. C'est [là ce qui fait le plus grave péril des temps pré­sents; car le sentiment de la responsabilité pater­nelle s'est étrangement affaibli de nos jours; par suite, le père s'occupe de tout, excepté de ce qui importe le plus, et la pauvre femme n'a pas assez de force pour redresser une jeunesse qui s'égare. Est-ce aimer ses enfants que de se conduire de manière à préparer leur perte? Donc, père, si vous aimez véritablement vos enfants, employez-vous à leur éducation corporelle et à leur éducation spirituelle.

Extrait de : L’HOMME comme il doit être. P. J. Berthier, M. S. (1903)

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