« Il convient, disait Pie XI, de mesurer avec soin l'étendue et la gravité de la crise, puis d'en rechercher les causes et les origines, si l'on veut y appliquer le remède approprié. »
Alors, comme aujourd'hui, la paix était au premier plan des préoccupations pontificales : « Les prophètes, disait Pie XI, ont des mots qui conviennent merveilleusement à notre époque : Nous attendions la paix et nous n'avons rien obtenu. Les vieilles haines continuent de s'affirmer, ou sournoisement dans les intrigues de la politique comme dans les fluctuations du change, ou sur le terrain découvert de la presse quotidienne et périodique; elles ont même
envahi des domaines, qui, par leur nature, sont fermés aux conflits aigus, tels que l'art et la littérature...
« Il en résulte que des inimitiés et des attaques réciproques entre les peuples les empêchent de respirer. Ces pénibles conséquences de la dernière guerre, tous les pays sans exception les ressentent. Et le remède tardant à venir, la crise devient chaque jour plus intolérable. De là, comme une nécessité pour toutes les nations, dans la crainte toujours croissante de nouveaux conflits, de vivre sur le pied de guerre, ce qui, outre l'épuisement du trésor public, amène l'affaiblissement physique de la race et la perturbation dans la culture intellectuelle comme dans la vie religieuse et morale...
« Aux inimitiés extérieures entre peuples viennent s'ajouter, fléau plus triste encore, les discordes intestines, qui mettent en péril les régimes politiques et la société elle-même. Il faut signaler en premier lieu cette lutte de classes, qui, tel un ulcère mortel, s'est développée au sein des nations, paralysant l'industrie, les métiers, le commerce, tous les facteurs enfin de la prospérité publique ou privée.
« Dans le domaine de la politique, les partis se sont presque fait une loi, non point de chercher sincèrement le bien commun dans une émulation mutuelle et dans la variété des opinions, mais de servir leurs propres intérêts au détriment des autres. Que voyons-nous alors? Les conjurations se multiplient : embûches, terrorisme, menaces, révoltes ouvertes et autres excès du même genre...
« Fait très déplorable, ce mal s'est infiltré jusqu'aux racines profondes de la société, c'est-à-dire jusqu'à la cellule de la famille; elle était déjà en voie de désagrégation, mais le cataclysme de la guerre en a précipité la ruine...
« Enfin, partout les âmes sont devenues inquiètes, aigries, ombrageuses. Aussi la confiance et la sécurité ont-elles fait place à des préoccupations anxieuses et à des craintes toujours en éveil; au lieu de la tranquillité de l'ordre, gardienne de la paix, règnent un trouble et un chaos universels. De là, cet arrêt de l'industrie, cette crise du commerce international, ce déclin de la littérature et de l'art. Conséquence bien plus grave encore : la vie chrétienne a tellement disparu de beaucoup de milieux qu'il semble que, loin d'avancer indéfiniment dans la voie du progrès, l'humanité paraît retourner à la barbarie... » (A suivre)
Extrait de : Sa Sainteté PIE XI. Mgr R. Fontenelle. (1937)
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