Les sacres, les jurons, les blasphèmes, c'est tellement idiot, c'est tellement imbécile que les étrangers ont peine à comprendre cette regrettable caractéristique du Canada français.
Dans aucun autre pays au monde, on ne traîne ainsi, dans la boue, des êtres et des objets tellement sacrés, tellement vénérables que même les incroyants honnêtes les respectent.
Vous hésitez à me croire ?
Je vais vous donner deux preuves. Je vais vous montrer que les étrangers sont si peu habitués à de pareilles façons de parler qu'ils ne comprennent même pas nos sacreurs.
C'était il y a une trentaine d'années.
Le délégué apostolique du temps, Monseigneur Andréa Cassulo, visitait la Côte Nord, dans le bout de chez Gilles Vigneault.
Le bateau ne pouvait pas accoster au quai à cause de trop grosses vagues. On installa une échelle de corde, et l'illustre prélat fut invité à descendre dans le transbordeur.
Mais voilà qu'un matelot, énervé sans doute, fit un faux geste, et Monseigneur Cassulo faillit tomber à la mer.
Alors, l'un de ses compagnons cria à son camarade maladroit :
« Viarge », fais attention, Jos. Si tu continues, tu vas « noyer » le Monseigneur.
L'évêque italien comprit si peu le vrai sens de ce cri qu'en rapportant l'incident, il déclarait :
Ah ! Ces Canadiens, comme ils sont dévots ! A l'heure du danger, ils prient la Sainte Vierge.
Deuxième preuve que les étrangers ont peine à comprendre nos sacreurs.
C'était lors d'une visite d'André Maurois à Montréal.
L'académicien passait en taxi devant la cathédrale, rue Dorchester.
Soudain, le chauffeur dit : C’est un « Christ » de beau « char ».
L'homme parlait, en fait, d'une automobile de grand luxe qui venait en sens inverse.
André Maurois, lui, pensa que le chauffeur lui signalait une statue sur le fronton de la basilique.
Je ne savais pas, dit-il, que vous possédiez une œuvre de Bauchard, ici, à Montréal... En effet, c'est un très beau Christ.
On peut rire de cet incident comme de celui où se trouvait impliqué Monseigneur Cassulo.
Reconnaissons toutefois qu'au fond, ces faits divers sont tristes à pleurer. Ils indiquent une déplorable pauvreté de langage, une absence de culture, une authentique sottise.
Quand donc nos stupides sacreurs se donneront-ils la peine d'apprendre à exprimer leurs sentiments et leurs idées d’admiration, colère, etc… autrement que par des jurons ?
Espérons que ce sera pour bientôt.
elogofioupiou.over-blog.com