Au-dessus de la porte de l'abîme est tracée cette inscription :
« Ce lieu est l'enfer. Ici plus d'espoir, ni de fin; ici nul repos ! »
En s'approchant du seuil maudit, sainte Françoise Romaine fut envahie par une terreur infinie. L'effroi entrait en elle à la fois par les yeux, par les oreilles, par l'odorat et le toucher. Elle éprouva dans son extase une terreur si grande qu'elle ne se peut imaginer.
Alors, près d'elle, elle sentit, bien qu'elle ne le vît pas, la présence d'un compagnon qui l'exhortait au courage et à la résolution.
L'entrée du lieu d'abomination était vaste, mais, la porte franchie, il allait en s'agrandissant. Il y régnait des ténèbres si épaisses que la langue humaine est incapable de l'exprimer.
L'enfer proprement dit se divise en trois parties ou demeures étagées l'une au-dessus de l'autre. La deuxième, celle du milieu, contient des peines plus grandes que la première, la supérieure ; et la troisième, l'inférieure, est le lieu de supplices beaucoup plus nombreux et infiniment plus grands qu'il ne s'en rencontre dans les deux autres.
Entre ces différentes demeures s'étendent d'immenses espaces remplis de ténèbres très obscures et de tourments infinis.
Un dragon, d'une taille colossale, occupe ces trois demeures. Sa tête est placée dans le lieu supérieur, son corps dans celui du milieu, et sa queue dans la partie le plus profonde de l'abîme.
Sa tête, placée à la porte de la première demeure, est immense, mais son cou est de dimension moyenne. De ses yeux et de ses oreilles sortent un feu sombre, une chaleur insupportable et une mauvaise odeur intolérable. Sa gueule est sans cesse ouverte. Sa langue en sort et répand un feu ardent qui brûle et ne brille pas. De cette gueule horrible se dégage une puanteur incroyable.
Des cris de rage et d'angoisse, d'effroyables hurlements, des blasphèmes contre Dieu, des pleurs et des sanglots déchirants, échos de douleurs surhumaines, montaient des ténèbres de l'abîme aux oreilles de sainte Françoise Romaine.
Ces lamentations de suppliciés étaient si épouvantables, et l'infection qui s'échappait des prisons infernales, si intolérable, qu'à leur seul souvenir la sainte en ressentait une douleur et une affliction extrêmes, lorsqu'elle racontait sa vision à son Père spirituel.
En voyant et en entendant ces choses, en extase, la bienheureuse éprouva une telle anxiété qu'elle se croyait sur le point de défaillir. Alors le compagnon invisible qui se tenait à ses côtés la réconforta et releva son courage.
Ce compagnon, comme cela lui fut montré par la suite, était l'ange Raphaël.
Et la sainte redit maintes et maintes fois, au cours de son récit, que sans cette assistance et sans ces encouragements, elle n'eût pas été capable de voir et d'entendre ce qu'elle vit et entendit. Elle en fût morte d'horreur et d'épouvante.
Satan, à l'aspect terrifiant, est assis comme sur une poutre au milieu de l'enfer. Sa tête atteint à la demeure supérieure, et ses pieds au séjour inférieur. Il occupe ainsi une partie de ces trois lieux.
Il tient ses pieds disjoints et ses mains séparées. Il étend l'une en haut et l'autre en bas. Il ne présente pourtant pas l'attitude d'un crucifié.
Sa tête est couronnée d'une sorte de diadème de cornes de cerf. Ces cornes portent un grand nombre de cornillons de chacun desquels sort une haute flamme.
Sa face inspire une terreur incroyable. Elle projette par tous les pores un feu ardent et nauséabond.
Il est lié par des chaînes enflammées au cou, aux mains, aux pieds et par le milieu du corps, de telle sorte qu'il en est entouré complètement. Ces chaînes sont attachées à toutes les parties de l'enfer, à la demeure supérieure, à celle du milieu et à la plus profonde. L'une d'elles cependant fait exception. Elle s'enroule par une extrémité au dragon, et par l'autre à Lucifer ou Satan.
Les anges tombés du ciel sont divisés en trois parties. Les uns sont en enfer, les autres dans les airs, et les troisièmes se tiennent auprès de nous dans ce monde, et nous sont donnés pour nous éprouver.
Les esprits qui ont suivi Lucifer, en obéissant à l'inspiration de leur propre malice et à leurs sentiments de révolte d'une façon radicalement pervertie, sont enfermés en enfer. Ces démons sont les plus méchants et les plus iniques. Ils ne sortent jamais de l'abîme, à moins que, par une permission divine, il ne doive se produire dans le monde quelque grande catastrophe méritée par les péchés des hommes.
Les esprits qui demeurent dans les régions de l'air, et ceux qui existent parmi nous sur cette terre, sont ceux qui, lors de la révolte de Lucifer contre Dieu, n'ont pris parti ni pour l'un, ni pour l'autre, mais sont restés neutres.
Le prince et le chef de tous les diables est Lucifer, le captif, l'enchaîné. Maintenant, en exécution de là sentence divine, il est préposé en enfer au vice de l'orgueil, et il est le maître, le bourreau et le tyran des démons et des damnés. De même qu'il était le plus noble de tous les anges, il est devenu le plus pervers de tous les esprits déchus.
De même que, dans la gloire du ciel, trois esprits bienheureux, des trois chœurs suprêmes, super éminents en noblesse, en fidélité, en beauté, sont placés à la tête des trois ordres de la hiérarchie céleste, et leur communiquent les désirs du Très-Haut, de même, dans les ténèbres de l'enfer, trois esprits déchus, plus coupables que leurs compagnons de révolte, sont, par décision de la justice de Dieu, commis à la direction des autres démons, sous la domination de Lucifer, et leur transmettent les durs commandements du tyran enchaîné.
(A SUIVRE)
Note : Sainte Françoise Romaine eut quatre-vingt-treize visions. Elle en dicta elle-même le récit a son confesseur, Jean Malliotti, qui nous l'a transmis.
Parmi ces visions et ces révélations, se trouvent celles relatives aux anges déchus, aux Limbes, aux supplices généraux et particuliers des réprouvés.
Nous les reproduisons en les traduisant du texte latin des Bollandistes, en leur donnant un ordre plus logique pour aider à leur parfaite compréhension, mais sans rien changer au fond même des faits et des appréciations décrits et énoncés par la sainte.
Nous ferons observer que ces visions et révélations ne sont pas articles de foi, mais qu'elles fournissent cependant l'explication logique de toutes les manifestations diaboliques que nous citons au cours de cet ouvrage, et qu'elles concordent parfaitement avec les connaissances que nous possédons en ces matières.
L'autorité qui s'attache à la parole d'une sainte dont les actes et les écrits ont été sévèrement examinés et contrôlés lors du procès de canonisation, et la créance
qu'y ont accordée de nombreux théologiens, ne permettent pas de les traiter à la légère.
D'ailleurs, en les reproduisant, nous nous soumettons complètement à la détermination de notre mère l'Église, comme sainte Françoise Romaine le faisait elle-même.
Extrait de la : Vie de Ste-Françoise Roumaine, Thibaud-Landriot et Cie 1841.
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