ON appelle vertus chrétiennes, celles que Notre-Seigneur Jésus-Christ a lui-même enseignées et pratiquées.
Cette simple notion révèle déjà l'importance de ces vertus. Tout ce qui touche à la vie et à la doctrine du divin Maître intéresse les chrétiens et mérite leur attention. Les disciples des anciens philosophes avaient une telle vénération pour les enseignements de leurs maîtres, qu'ils les possédaient jusqu'aux moindres détails, s'en entretenaient du matin au soir et se faisaient un bonheur de les transcrire pour l'instruction d'autrui. Ils imitaient également leurs actions avec une fidélité si scrupuleuse qu'ils reproduisaient les défauts de ces grands hommes en même temps que leurs qualités.
Les disciples d'Aristote marchaient le dos courbé parce que ce philosophe avait l'habitude de se tenir ainsi. Ceux de Pythagore conformaient invariablement leur manière de voir à la sienne, et ils n'avaient qu'une seule réponse à donner à toutes les objections qu'on pouvait leur faire : « Le maître l'a dit ! »
Serez-vous moins pieux, lecteur ou lectrice, pour le Fils de Dieu, la Sagesse incarnée, l'auteur de tout bien, le modèle de toute perfection, que ces pauvres païens ne faisaient pour des hommes mortels, sujets aux faiblesses et aux erreurs de leurs semblables ? Ne serez-vous pas enflammée d'ardeur pour connaître les vertus de notre divin Sauveur et pour les pratiquer ?
Mais, non seulement ces vertus sont le plus digne objet de votre étude ; elles sont encore nécessaires, indispensables. Une personne qui n'en accomplirait jamais les actes, ne saurait être véritablement chrétienne.
C'est pour ne l'avoir pas compris que tant de jeunes personnes se sont engagées dans la voie mauvaise quelque temps après leur première communion. Elles se fiaient à leur régularité extérieure, au sentiment du devoir gravé dans leur cœur ; elles croyaient n'avoir rien à craindre parce qu'elles portaient le scapulaire et la médaille, et que leur nom était inscrit sur les registres de telle confrérie. Tous ces moyens n'ont pu les prémunir contre les tentations de l'adolescence, ni surtout leur donner la force nécessaire pour y résister.
Cette force, c'est précisément la vertu qui la communique, aidée de la grâce du bon Dieu. Le mot latin que nous traduisons par vertu, ne signifie pas autre chose que la force de l'âme, l'énergie, le courage de faire le bien. Voilà ce qui vous est nécessaire, nécessaire à tout prix, soit que vous ayez conservé votre innocence, soit que vous ayez eu le malheur de la perdre par l'habitude du péché.
En premier lieu, si vous êtes-vous encore pure ? Votre âme n'a-t-elle pas été souillée par le vice ou défigurée par les graves défauts qu'on rencontre chez tant de jeunes personnes ? La vertu est le principal et même l'unique moyen de vous conserver dans cet heureux état.
Croyez-le bien, votre cœur ne saurait rester vide : si vous n'y mettez pas l'amour de Dieu et tous les sentiments généreux qu'il inspire, bientôt le démon y mettra l'amour des plaisirs coupables ou, tout au moins, des vanités et des frivolités mondaines. Votre cœur appartiendra à celui qui s'en sera emparé le premier.
Voyez les saints : quels n'étaient pas leur innocence, leur éloignement du péché ! Et cependant, se sont-ils contentés de cette répugnance instinctive qu'ils avaient pour le mal ?
Ont-ils compté sur leurs bonnes dispositions, pour rester fidèles à la loi divine ? Non certes ! car nous voyons dans leur vie que, dès l'âge le plus tendre ou dès leur conversion, ils pratiquaient les vertus chrétiennes à un degré presque héroïque ; ils ne passaient aucun jour sans en multiplier les actes. Si donc, avec un tel amour du bien et avec une si parfaite innocence, ils ont jugé qu'ils ne pouvaient se maintenir dans la bonne voie sans la pratique des vertus, combien ne devez-vous pas la regarder vous-même comme nécessaire ?
A ces exemples, on pourrait opposer la chute prématurée d'une foule innombrable de jeunes, qui ravissaient d'abord leurs parents par la pureté de leur vie. Ces belles qualités qu'on admirait en elles ressemblaient à l'édifice bâti sur le sable, dont parle l'Évangile : le vent des passions est venu et l'a renversé, parce qu'il lui manquait le fondement solide des vertus chrétiennes.
En second lieu, si déjà vous avez eu le malheur de perdre votre innocence, la pratique de la vertu est encore le seul moyen d'arracher de votre cœur les mauvaises habitudes qui s'y sont formées.
Au premier abord, cela vous semblera probablement paradoxal ?
« Je suis sujette à la colère, dites-vous, et vous exigez que je fasse en toute occasion des actes de douceur : c'est impossible ! N'est-il pas plus naturel de commencer par diminuer le nombre ou la gravité de mes impatiences, par en concevoir de l'horreur, que de vouloir produire des actes de la vertu contraire. »
Eh bien ! non, et l'expérience le prouve tous les jours ; il faut un contrepoids aux passions ; c'est par l'amour de la douceur que vous parviendrez à détester la colère : c'est en vous faisant violence pour être aimable que vous triompherez de vos brusqueries naturelles, et pas autrement !
Écoutez plutôt un des plus savants docteurs de l'Église, saint Grégoire le Grand. « Le médecin céleste, nous présente pour chacune de nos maladies spirituelles un remède opposé à la nature du mal. De même que les médecins guérissent les affections produites par le froid en recourant à la chaleur, et celles qui sont occasionnées par la chaleur en y opposant le froid, ainsi Dieu nous guérit de nos péchés en nous faisant recourir aux vertus contraires. Aux personnes mondaines, il prescrit la pureté ; aux avares, la générosité ; aux personnes irascibles, la douceur ; aux orgueilleuses, l'humilité ».
Appliquez-vous donc à cette belle étude des vertus, et surtout joignez la pratique à la théorie. Si parfois l'acquisition de certaines d'entre elles vous semble difficile, souvenez-vous qu'elles feront votre force et votre bonheur et qu'elles doivent assurer votre salut.
Triomphez alors courageusement des faiblesses de la nature et mettez tous vos soins, à accomplir chaque jour un grand nombre d'actes de ces vertus si précieuses, qui vous ouvriront la porte du ciel !
Inspiré de : Lectures Méditées (1933)
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