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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

21 mars 2020 6 21 /03 /mars /2020 10:17

Je ne vous condamnerai pas non plus...

La duplicité, la ruse méchante des pharisiens, la bonté, la dignité de Jésus, telles sont les deux visions que met en relief la scène de la « femme adultère », prise en flagrant délit de crime, et amenée dans un but astucieux aux pieds du Maître. Au dire de saint Augustin, Jésus présenta, La vérité comme docteur, la mansuétude comme libérateur et la justice comme avocat.

 

1° La vérité comme docteur. — Ses interlocuteurs lui allèguent pour une faute évidente, et, certes, abominable, une loi terrible. Il la connaît mieux qu'eux, mais il sait qu'elle est tombée en désuétude ; il sait que leur souci n'est pas de faire observer une règle, dont eux-mêmes redouteraient la rigidité, mais de le mettre en contradiction avec l'Écriture s'il pardonne, avec César s'il condamne. Voilà pourquoi il se tait.

On ne peut jamais dire que le mal soit le bien, que le bien soit le mal. Il est des cas où le meilleur moyen d'être sincère, c'est de garder le silence. Le péché est le péché, nous le jugerons condamnable ; notre attitude douloureuse en face de lui, prouvera amplement la réprobation sous laquelle nous le tenons ; mais nous craindrons d'en augmenter la malfaisance par des blâmes éclatants, des vitupérations blessantes pour ceux qui l'ont commis, Haine à l'erreur, amour aux hommes, c'est la note de lumière sur des ténèbres regrettables et redoutables.

O mon Jésus, faites que je sois toujours lumineux en présence des désordres que j'aurais à guérir. Sincère, loyal, je ne pactiserai pas avec eux, mais j'estimerai comme la meilleure thérapeutique celle qui consiste à faire tomber un rayon de soleil sur la fange. Celle-ci a honte et disparaît ; celui-là reste limpide, brillant et rayonnant.

 

2° La mansuétude comme libérateur. — Il l'a dit, et c'est sa raison d'être : « Le Fils de l'homme est venu sauver ce qui était perdu. » (Matt. 18. 11).

    Ce n'est ni avec des coups, ni avec des brutalités qu'on attire la brebis perdue, qu'on l'apprivoise, afin qu'elle reste de nouveau fidèle au bercail. On prend plus de mouches avec une cuillerée de miel qu'avec cent barils de vinaigre. Si Dieu nous traitait comme nous le méritons, le monde serait anéanti.  (Thess., 3, 22).

    Nous n'avons pas le droit d'être plus durs que lui ; et nous avons le devoir d'être pour les autres ce que nous voudrions qu'on fût pour nous. N'éteignons pas la mèche encore fumante, n'achevons pas le roseau à demi brisé.

    Cœur de Jésus, patient et tout miséricordieux, je vous demande de me dicter l'attitude que je dois avoir à l'égard des malheureux pécheurs, me souvenant, d'ailleurs, qu'il vaut mieux avoir à rendre compte de trop de miséricorde, que de trop de sévérité.

 

3° La justice comme avocat. — La justice c'est l'équilibre. Peut l'établir celui qui, en pleine possession de la vérité, capable d'apprécier la mesure des responsabilités, l'est aussi de marquer celles des utiles miséricordes. Ainsi en est-il de Jésus, auquel rien n'est caché, et qui scrute les reins et les cœurs. Pour la pauvre femme qui est tremblante devant lui, il remet tout dans l'ordre. « Personne ne vous a condamnée ? Je ne vous condamnerai pas non plus ; allez et ne péchez plus. » Il sait l'indignité des accusateurs, il connaît la contrition de l'accusée, il pardonne avec équité et impose le ferme propos d'éviter une récidive.

    Tout en avant l'horreur du mal, soyons indulgents pour ceux qui le commettent ; ils sont ordinairement plus à plaindre qu'à blâmer.

    O mon Jésus, éclairez-moi dans ma conduite envers le prochain ; appuyé sur le sentiment de votre présence, je tâcherai de faire toujours mon devoir dans la paix et je tacherai de toujours me questionner : Qu’ai-je fait de ma vie, jusqu’à ce jour ?

Qu’ai-fait de votre vie, qui méritera une récompense éternelle ? N’attendez pas la mort, il sera trop tard pour vous…

 

Extrait de : STELLA MATITUNA. Méditations quotidiennes de Mgr. Gonon. Évêque de Moulins. (1947)

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