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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

7 novembre 2019 4 07 /11 /novembre /2019 10:44

Socrate disait avoir un génie, qui le gardait des fausses démarches.

 

Le chrétien a en lui beaucoup mieux, il a un génie de l'Être, un génie universel, qui peut harmoniser son action relative à lui-même, a tous et à tant, sans déviation funeste.

 

Nous avons reconnu en nous un autrui Divin; mais c'est ici une   influence plus vaste, bien qu'elle coïncide partiellement avec l'autre et se rapporte au même sujet éternel.

 

Gœthe a remarqué que rarement nous adop­tons les moyens de nos fins, que nous prenons rarement la bonne route.

 

Le but nous est tracé par l'instinct; mais la raison et la passion se disputent la marche. Que faudrait-il pour que la raison triomphât ? Il faudrait que la passion voulût bien céder ? Comme cela ne se peut pas sans nos efforts et des aides extérieurs. Il y a donc lieu de se souvenir que le résultat dépend aussi de l'autre extrême.

 

La passion subsistant, l'effet ne sera redressé tant que l'instinct sera le plus fort. Mais notre instinct pourrait s'arrêter là, si nous étions seulement des indi­vidus et des hommes.

 

Comme nous sommes des fils de Dieu, frères de toutes créatures, et des élus de Dieu, appelés à son amitié jusqu'au partage intime de tous ses biens.  Comme tels, nous devons nous sentir entraînés dans une voie où nulle passion individuelle, ou commune ne devrait pouvoir arrêter nos pas, ni faire dévier notre marche.  Bhagavad-Gîtâ dit : « Dans le cœur de tout vivant, réside un maître qui le fait mouvoir par sa magie comme par un mécanisme caché. » Disons plutôt des ailes, car il s'agit de survoler le réel immédiat en faveur de ces îles lointaines : le parfait et l'universel, dont nous sommes les croyants.

 

Pour que notre conduite égale notre appel, il faut et il suffit que notre moi profond, empreint de la Divinité et scellé de son chiffre, excite, le moi inférieur et le contraigne. L'obligation est une auto-obligation d'origine céleste, qui mise en nous, se complète d'invitations au progrès, voire à l'héroïsme. En nous est le règne de Dieu. L'Esprit universel nous habite. L'uni­vers prend conscience en nous, avec son Père et notre Père, son Dieu et notre Dieu, dans la com­munauté de tous nos frères, les êtres pensants. Une telle vision, si nous savions la réaliser, ne serait-elle pas un stimulant tout-puissant ? La lumière qui en émane ne suffirait-elle pas à tout ? Ne ferait-elle pas naître un désir emportant tout, et n'y trouverions-nous pas une source de joie inépuisable ?

 

Mais qui donc écoute son cœur ? Notre vie consciente est une petite clarté entre deux nuits : nuit du mystère et nuit du dedans, où nous ne faisons aussi que quelques pas. Rentrer en soi-même, prendre conscience de soi, jusqu'au-delà de soi, jusqu'au TOUT et au Père de tout, jusqu'à la Trinité éternelle, et suivre l'indication qui nous vient de ce moi élargi, de ce moi-Dieu.

 

C'est obéir au vrai génie humain, à l'Esprit qui crie en nous : « Père! Père! » (Épître aux Romains VIII, 15.)

 

Inspiré de : RECUEILLEMENT. Œuvre de A. D. Sertillages O.P. (1935)

 

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