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Que sert à l'homme de gagner l'univers s'il perd son âme

21 août 2019 3 21 /08 /août /2019 08:35

 

Mourir, c'est un mot bien simple : mais quel orateur, fût-il doué de la plus prestigieuse éloquence, pourra jamais faire un parfait tableau de toutes les circons­tances qui précèdent, accompagnent et suivent la mort ?

La mort est une privation universelle : une inévitable et éternelle séparation de tous les biens du corps, de tous les agréments de la nature, de toute richesse, de toute gloire, de toute dignité, de toute puissance : séparation des parents, des époux, des proches, des enfants, des amis, des familiers, de tous les hommes en un mot, et séparation si complète qu'il n'est pas un de ceux à qui vous vous êtes attachée à plaire, pour qui vous vous êtes sacrifiée, qui voulût vous suivre dans ces régions inconnues et mystérieuses qui s'étendent au delà de la vie ! Voilà le terme de toute grandeur humaine.

Un moribond s'écriait en gémissant : « Hélas ! Pourquoi ai-je tant travaillé pour les miens et si peu pour moi ! » Parole vraie, mais alors inutile.

Vous êtes entrée en ce monde pauvre de tout bien ; et pauvre vous en sortirez. Fussiez-vous plus riche que Crésus, il ne vous sera pas donné d'emporter un grain de vos champs, une obole de vos trésors, une toison de vos troupeaux ! Votre corps lui-même, vous devrez l'abandonner à la terre, livide, défiguré, affreux à voir, d'ailleurs destiné à devenir la pâture des vers.

« Qu'elle repose en paix ! » Voilà tout ce qu'on dira de vous, et puis, peut-être ne sera-t-il jamais plus question de vous dans le monde. Que de fois la mémoire des morts s'évanouit avec le dernier tintement des cloches ! Mais dût-on parler beau­coup de vous après votre mort, en seriez-vous plus avancée ? Voyez ces orateurs, ces poètes, ces hommes de guerre, ces diplomates qui ne rêvent que la gloire et ne songent qu'à pas­ser à la postérité : en supposant que leurs vœux soient accom­plis, qu'y gagneront-ils ? Les voilà morts : sauront-ils au moins qu'on rappelle leurs talents et leurs œuvres ? Ils n'en sauront absolument rien et par conséquent leur situation ne sera pas meilleure que celle du dernier paysan qui ignorera, lui, qu'on l'a complètement oublié. O sottise et enfantillage que cette ambition de se survivre !

Mais qu'est-ce encore que mourir ?

Mourir, c'est lutter pour le salut de son âme, dans une étroite arène, seule, faible et sans appui, baignée de sueur, ayant à tenir tête à la puissance des ténèbres, au démon, à un enne­mi rusé et méchant. Épouvantable lutte ! Moment terrible après lequel le Maître suprême vous assignera à son tribunal pour vous juger avec une inflexible rigueur !

Mourir ! C'est s'en aller, sans guide, sans compagnon de voyage, pour une contrée lointaine, pour la demeure de l'éter­nité, où l'on n'a égard qu'à la vertu et à la sainteté ; où toutes les choses périssables du monde sont une monnaie fausse et hors de cours ; où l'âme doit entendre prononcer une sentence sans appel et recevoir une couronne éternelle ou une éternelle réprobation.

O mort ! Ô fatal instant qui embrasse la durée des siècles ! Ô moment suprême dont tous les moments de notre vie devraient être le but et la fin ! Moment d'où dépendent une éternelle félicité ou une éternelle amertume, un règne éternel ou une éternelle captivité, les supplices de l'enfer ou les ravissements du ciel ! Oh ! Oui, cet instant suprême devrait être sans cesse présent à notre souvenir, si nous avions un grain de sagesse et de véritable bon sens !

Examinez-vous vous-même, avant de subir l'examen du Juge souverain, et corrigez sans retard ce qui vous inspire­rait le plus de crainte s'il vous fallait mourir sur-le-champ.

O Jésus crucifié, quelle démence de ma part que d'avoir poursuivi les biens périssables de la terre, parfois même au détriment de ce que je vous devais ! Quelle impiété que d'a­voir si souvent préféré à votre amitié qui pourra seule nous rassurer à l'heure de la mort, l'amitié des hommes qui seront alors dans l'impuissance de m'assister en rien ! Je reviens à vous avec douleur et je vous dis avec une profonde humilité et un sincère repentir : Seigneur Jésus, ayez pitié de moi, ne m'aban­donnez pas dans ce dernier combat dont l'issue décidera de mon bonheur ou de mon malheur éternel !

 

Ce texte, est extrait du volume LECTURES MÉDITÉES imprimé en 1933.

elogofioupiou.over-blog.com

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