Les fidèles de la nouvelle Loi ne sont pas les seuls qui fassent profession de croire à l'immortalité de notre âme ; les anciens patriarches, les prophètes, tous les adorateurs du vrai Dieu y ont également cru et en ont fait le motif de leur conduite. Les grands génies de l'antiquité, Platon, Aristote, Cicéron et une infinité d'autres ont, par les lumières de la raison, aidée de quelques souvenirs traditionnels) reconnu que la mort n'est pas la fin de tout homme, 



mais qu'il se survit encore à lui-même, après avoir éprouvé cette catastrophe, qui n'est autre chose que la séparation des deux substances, l'âme et le corps qui constituent sa nature.
Et, en effet, nous ne pouvons pas plus douter qu'il y ait en nous deux substances que nous ne pouvons douter de notre propre existence; car ce qui pense dans nous, ce qui médite, calcule, compare, réfléchit, ce qui est capable d'une si grande variété de connaissances et de sentiments ne peut être matière. Mais le dogme de l'immortalité de l'âme n'est pas seulement fondé sur de simples conjectures, sur quelques vraisemblances : la révélation primitive, la persuasion générale du genre humain, les idées que Dieu nous a données de sa bonté, de sa puissance, de sa justice, tels sont les fondements d'une vérité aussi consolante pour l'homme de bien qu'effrayante pour l'impie.
Après son péché, l'homme a été condamné à mort ; son corps doit rentrer dans la poussière, d'où il a été tiré; mais si son âme devait périr avec son corps, si ce principe de vie émané du Créateur devait être anéanti, la promesse d'un rédempteur était absurde et sans motif. Aussi le dogme de la vie future, et par conséquent de l'immortalité de l'âme, fut-il toujours un des articles fondamentaux de la religion primitive; il fut l'espoir de nos premiers parents, comme il sera le nôtre, si nous observons avec fidélité les préceptes que le Seigneur nous a donnés.
Le dogme de la vie future, et vient ensuite la nécessité de l’immortalité de l'âme, a été généralement reçu par tous les peuples de l'univers ; l'idolâtrie, loin de la détruire, lui avait donné une nouvelle force, ou plutôt ce fut même l'abus de cette croyance qui fut une des sources de l'idolâtrie ; l'apothéose des grands hommes et l'usage de leur rendre des honneurs divins après leur mort, ne se seraient jamais établis si l'on avait cru que l'homme meurt tout entier.
En créant un être d'une capacité aussi vaste que celle que possède notre âme, Dieu n'a pu avoir d'autre fin que celle de la rendre heureuse par la possession d'un bien digne d’elle, digne de ses œuvres. Peut-on trouver le bonheur en ce monde ? L'homme le plus vertueux y est-il toujours le plus heureux ? Hélas, l'expérience de tous les jours ne nous apprend plutôt le contraire.
La justice divine est encore une preuve de l'immortalité de l'âme : on voit souvent en ce monde le vice triomphant et la vertu humiliée ; l'impie heureux et le juste malheureux. Il est donc nécessaire que l'ordre soit rétabli, que le vice soit puni et la vertu récompensée. Mais comment cet ordre serait-il rétabli, et comment la justice divine exercerait-elle ses droits, si l'âme n'était pas immortelle ?
On dira peut-être que le remords est la punition du crime; mais que serait le remords sans la foi ? Disons donc hardiment que nier la spiritualité de l'âme, et par conséquent, son immortalité, c'est, non seulement donner le démenti à la croyance et au sentiment de tous les peuples, mais encore à la sainte raison et au sens commun.
Cette vérité, professée dans tous les temps, et par presque tous les peuples de l'univers, est sans doute terrible pour l'impie ; elle le poursuit partout et lui déchire le cœur, malgré les efforts qu'il fait pour se tranquilliser. Le libre cours qu'il donne à ses passions lui fait redouter l'éternité, parce qu'il n'a rien à attendre qui lui soit avantageux; il voudrait ne pas croire, mais le remords le poursuit ; il doute, ou plutôt il croit malgré lui. Son incrédulité souvent affectée décèle un cœur coupable. "Quand la pensée de l'avenir visite les incrédules, dit Young, ils rampent, ils tremblent, ils doutent, ils croient.
Le juste, au contraire, trouve dans cette vérité la force dont il a besoin pour souffrir avec résignation les maux de la vie présente ; elle est de plus son espoir pour l'éternité.
HISTOIRE. Quelques heures avant sa mort, Bernardin de Saint-Pierre, auteur des Etudes de la Nature, voyant ses enfants tous en pleurs autour de son lit, leur adressa ces touchantes paroles : «Ce n'est qu'une séparation de quelques jours, ne me la rendez pas si douloureuse ; je sens que je quitte la terre, mais non la vie. Adieu, mes bons amis, évitez le mal, faites le bien, vivez chrétiennement ; nous nous reverrons un jour.»
Extrait de : LES DEVOIRS DU CHRÉTIEN (1860)
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