La Nature a ses lois. (Suite)
L'âme humaine est au-dessus de la Nature.
L'âme n'est pas un affinement de l'instinct. L'instinct est fixé par des bornes dont il ne peut pas sortir.
L'instinct de l'abeille lui fait observer une loi intelligente de la Nature. Mais l'intelligence n'est pas dans l'abeille; elle est dans la loi que son instinct la force à accomplir. C'est pourquoi, malgré l'intelligence qu'on lui prête, jamais l'abeille ne pourra faire autre chose qu'elle ne fait depuis des siècles, jamais elle ne pourra sortir de ce rôle; jamais, même, elle ne pourra fabriquer ses cellules différemment, jamais elle ne pourra en changer les dimensions, ou faire une cire d'une composition différente. L'intelligence dont elle fait preuve n'est donc pas une intelligence personnelle, mais une intelligence qui lui est imposée par l'intermédiaire de son instinct.
Il en est de même pour tous les animaux, même ceux que l'on classe parmi les plus intelligents. Ils sont prisonniers dans des bornes fixes, et ne peuvent autre chose que ce qu'ils font.
L'âme apparaît chez l'homme dans ses œuvres. Alors que l'oiseau est prisonnier d'une chanson, d'une même ritournelle qui ne varie pas d'un siècle à l'autre, l'homme peut créer et varier ses chansons à l'infini, leur faire exprimer dans leurs paroles et leur musique des significations, des sentiments et des pensées dont les bornes n'existent pas.
Si l’animal est prisonnier de lois qui le forcent à toujours faire leur abri d'une seule et même façon, sans pouvoir imaginer un autre mode d'abri, l'homme manifeste sa personnalité, dans les innombrables façons de construire ses maisons. Et que dire des sciences, des arts, des jeux de la pensée ! Nous sommes loin de l'instinct primaire et borné.
Cette puissance intangible, spirituelle, invisible, qui pétrit la matière, qui arrache à la nature ses secrets intimes, qui pénètre ses lois, serait un produit de la matière, du corps humain !
C'est une impossibilité, et la raison ne peut admettre cette simple supposition. Il y a, dans la personne humaine, quelque chose qui est au-dessus et en-dehors de la matière; et il faut qu'il en soit ainsi, pour que ce quelque chose puisse apprécier et transformer la matière. Et ce quelque chose est personnel, car la science n'a pas encore pu trouver l’intelligence en-dehors du domaine personnel. S'il en est ainsi pour l’homme, il faut qu'il en soit ainsi pour Dieu. Dieu ne peut pas être «la les lois de la Nature, la grande force animatrice, etc.,» comme pour l'homme, il faut que ce soit une personne divine.
Devant le mystère de la vie et de la nature, c'est l'athéisme qui répugne a la raison; et, par contre, seule la foi en Dieu peut satisfaire la raison, la contenter, la repaître. Avec l'existence de Dieu, alors la vie peut être comprise, avoir sa raison d'être, sa nécessité, alors seulement elle vaut la peine d'être vécue, d'être subis avec joie malgré testes ses vicissitudes. Et sans Dieu, la vie est une stupidité dont paraît imbécile celui qui continue de la subir.
Fin
Extrait de : Mon livre d’heures. Adrien Arcand (1935-36)
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